HUMANS OF KARACAL

La parole aux jeunes

Une interview avec Marie-Gaëtane du podcast Passe ton rap d’abord

11 mars, 2021

En janvier nous avons eu l'honneur d’accueillir sur l’application Karacal le podcast Passe ton rap d’abord
Marie-Gaëtane, professeure des lettres classiques à Courbevoie, nous a invité dans sa salle de classe où l’on décrypte des figures de style en se basant sur des textes de rap. 

Dans le cadre du Human of, l’interview dédiée aux contributeurs Karacal, elle nous raconte sa passion pour l’enseignement, l’idée à l’origine du podcast et l’importance d’écouter la jeunesse. 


“Il y a assez peu de podcasts où on entend les jeunes, c’est vraiment un manque dans l’univers du podcast. Laisser parler les jeunes, c'est faire parler et entendre des personnalités fortes qui sont en train de se créer. C’est eux qui font la société de demain et c’est important que les adultes prennent conscience de ce que ces jeunes disent aujourd’hui. Le podcast fait un lien intergénérationnel, entre ce qu’on peut comprendre en tant qu’adulte et ce qui se dit dans une classe. Ils sont nés en 2006 et c’est bien d’avoir une fenêtre ouverte sur eux. “

L’idée du podcast est venue à Marie-Gaëtane quand elle travaillait comme chroniqueuse dans une émission sur le rap. Professeure de français avec une passion pour ce genre musical, elle faisait des analyses de rap en lien avec la littérature plus ancienne. 

“Un jour, j’ai proposé de faire ce que je faisais moi-même mais cette fois-ci à travers les voix des élèves. Ils écoutaient beaucoup de rap et ça pouvait être utile d'allier ce genre musical que les élèves consomment de manière quotidienne, avec l’analyse des textes. Dans mes cours de français, depuis déjà plusieurs années, j’intégrais en écho à des textes qu’on avait au programme, des textes de rap. Ça faisait sens, je le pratiquais déjà avec mes élèves, j’étais en lien avec le podcast où je travaillais et de là est né Passe ton rap d’abord.” 

Pour Marie-Gaëtane, le rap est une passion et l’enseignement une vocation. Pendant notre conversation, il était impossible de ne pas ressentir son respect pour le métier et pour ses élèves. 


“J’ai toujours voulu faire ça. C’était le métier de mon père qui m’a beaucoup inspiré. Petite, je jouais à la maîtresse, j’avais un tableau blanc dans ma chambre très, très tôt et mes premiers élèves étaient mes péluches. Ensuite, il y a eu une phase de fascination pour les copies qui traînaient à la maison, les stylos rouges, mon père qui corrigeait. Ensuite  c’est une rencontre, plus marquante encore, avec une professeure de latin, grec et français en quatrième. Je me suis dit alors, “je veux faire ça, je veux être elle”.
Pour moi, le rap est le constat lucide de la société. Il y a des choses que les élèves traversent, qu’ils ressentent et qu’ils vivent comme c’est décrit dans les textes. Les violences policières, énormément en ont connu. On sent que la réalité des élèves aujourd’hui, en tout cas dans le quartier où on est, est assez violente. À travers les exercices, ils ont des sujets de société dans les mains,  à 15 ans, sur lesquels ils peuvent réfléchir.” 

Dans le podcast, les élèves trouvent un nouveau canal pour s’exprimer. A nous, auditeurs, ils nous donnent des clés pour comprendre leur point de vue, leur quotidien.

“Quand on enregistre, on ne sait pas comment ça va tourner, on ne sait pas ce qu’ils vont dire. Je me souviens d’un épisode où il y a un élève qui dit “je regrette d’avoir fait pleurer ma mère au collège parce que je n’étais pas sage”. Je pense que sa mère ne l’a jamais entendu et il ne l’a jamais dit. Là, il le dit à des inconnus à travers le podcast. Le podcast, c’est aussi créer ce climat de confiance. La  classe est plus apaisée depuis qu’on fait le podcast parce que tout le monde s’écoute.” 

On est fasciné par l'engagement, la passion et l'approche de Marie-Gaëtane et, fan de rap ou non, les épisodes ne nous ont pas laissés indifférents. 

“C’est touchant de voir les retours des gens sur le podcast. Ils trouvent que c’est génial de faire le lien entre le rap et la pédagogie. Le peu de critiques qu’on a eu, c’est surtout des gens qui ont peur qu’on rabaisse le niveau, que le rap soit violent et mal formulé. Ce sont des préjugés sur le rap. J’ai beaucoup de chance avec mes collègues, ils soutiennent le projet et comme ce sont aussi leurs élèves, ils viennent parfois voir quand on enregistre.” 

Avec l’équipe Karacal, on est ravis de participer à faire entendre les jeunes à travers l’audio et on remercie Marie Gaëtane d’avoir eu cette belle initiative.

Retrouvez une bulle sonore sur l'application Karacal et les épisodes grands format sur le site https://lepostegeneral.fr/onair/listen/id/1810/program/59

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